Anne Montecer & son dressing idéal : « La mode éthique doit faire rêver, pas culpabiliser. »

22 juillet 2021

Anne Montecer & son dressing idéal : « La mode éthique doit faire rêver, pas culpabiliser. »

Vous connaissez le blog le Dressing Idéal ? Anne Montecer, 40 ans, y promeut une mode simple, stylée, et ecofriendly. Grâce à ses conseils mode avisés et ses looks qui célèbrent les basiques, Anne est devenue une véritable figure de la mode éthique à la française ! Créatrice de la marque écoresponsable Les Sublimes, elle revient avec nous sur son parcours d’entrepreneure ambitieuse et engagée.

Crédits photos : Noémi Micheau

Qu’est-ce qui t’a amenée à créer le Dressing Idéal ?

« J’ai lancé le Dressing Idéal il y a 3 ans, quand j’ai eu mon deuxième enfant. Jusqu’à cette époque, j’étais fan de mode, j’achetais des fringues toutes les semaines, j’étais influençable. Puis mon congé parental a mis un frein à cette soif de shopping, car je ne m’habillais plus vraiment. Quand j’ai repris le boulot, je ne me sentais pas bien dans mes fringues. Surtout, c’était trop speed le matin : tu peux pas changer 4 fois de tenue, préparer et déposer les enfants en moins d’une heure. C’est le meilleur moyen de débarquer au boulot avec une robe qui n’est plus à ta taille !

Je me suis demandé comment je pouvais améliorer ça. J’ai découvert le concept de garde-robe capsule en lisant des blogs anglo-saxons. J’ai adoré et j’ai adapté le concept à ma vie perso. Je mettais tout le temps les mêmes fringues, donc plutôt que de miser sur la quantité, j’ai choisi la qualité. Je cherchais plus à me simplifier la vie qu’à devenir écolo, mais en cherchant des pièces bien coupées et résistantes, je me suis naturellement tournée vers des marques de mode éthique.

J’ai trouvé que cette nouvelle approche de mon dressing était une bonne occasion de créer un blog . J’y pensais déjà depuis un moment, mais je ne me sentais pas légitime. A l’époque, les blogueuses mode était ultra-lookées, alors que moi j’avais envie de plus de simplicité. Je pensais que ça n’intéresserait personne, mais finalement, ça a marché ! »

Crédits photos : Noémi Micheau

Qu’est-ce qui, selon toi, a fait le succès de ton blog ?

« Au départ, j’ai surtout lancé le blog pour me faire plaisir, mais je pense que beaucoup de femmes s’y sont retrouvées. Elles étaient nombreuses à aspirer à une mode plus simple, plus accessible, plus adaptée à la vie de tous les jours. D’autant plus qu’à l’époque, en France, le blog mode se résumait à poster ses looks de la semaine, et ça s’arrêtait là. Alors qu’aux US, les blogueuses donnaient des inspirations, mais surtout, des conseils. Je m’en suis inspirée et j’ai partagé mes astuces, et ça a pris très vite. »

En plus du Dressing Idéal, tu as créé la marque Les Sublimes. Comment l’idée t’es venue ?

« Je n’ai pas créé Les Sublimes à proprement parler, il s’agit d’un rachat ! La marque existait déjà, créée par deux amies en 2014, qui souhaitaient proposer une mode écoresponsable. C’est vrai qu’à l’époque, ce n’était pas encore un sujet en France, alors qu’au Canada – dont l’une d’entre elles était originaire – c’était déjà plus développé.

Leur création de marque a été difficile : compliqué de rémunérer deux personnes dès le départ, difficile de toucher les clients français, peu sensibilisés à l’époque. De mon côté, j’avais repéré leur marque pendant un événement et j’aimais beaucoup ce qu’elles faisaient ! On a eu un bon contact, et lorsqu’elles ont arrêté en 2019, elles m’ont proposé de reprendre.

Le nom m’intéressait, on partageait les mêmes valeurs, et surtout, un amour inconditionnel pour les basiques ! De plus, elles avaient déjà de supers fournisseurs et fabricants. J’ai repris l’image de marque, j’ai essayé de me l’approprier, de passer d’une clientèle anglophone à une clientèle française. Je n’ai pas récupéré un eldorado, sinon elles n’auraient pas arrêté bien sûr, mais je suis ravie d’avoir croisé leur chemin. Elles m’ont mis le pied à l’étrier, et sans elles je ne me serais pas lancée. »

Crédits photos : Noémi Micheau

Quels sont les obstacles que tu as rencontré dans la création de ta marque ?

« Le rachat était une belle opportunité, mais j’ai trouvé difficile de partir de ce qui existe déjà pour créer du nouveau, de prendre pleinement possession de la marque, tout en conservant les éléments qui me plaisaient. Il m’a fallu beaucoup de temps pour trouver la bonne direction.

Autre difficulté : les fabricants ne me connaissaient pas, et ils étaient en pause avec Les Sublimes depuis un moment. Il a fallu recréer la relation, nouer des liens. L’humain est très important dans ce métier, il y a un vrai travail relationnel à mettre en place !

En parallèle, au moment du rachat des Sublimes, j’avais une amie qui avait rejoint l’aventure comme associée. Elle a quitté l’aventure après 8 mois. J’ai dû repartir de zéro, faire une marque qui ne ressemble qu’à moi. Ça a été assez difficile, j’ai failli laisser tomber, car je ne suis pas styliste, c’était la partie de mon associée.

J’ai commencé à chercher des prestataires en freelance et j’ai eu la chance de trouver une modéliste avec qui ça match. J’avais les modèles que je souhaitais lancer, mais il fallait refaire les coupes. Elle m’a accompagnée sur tous les modèles et c’était vraiment super ! »

Y a-t-il une team derrière les Sublimes, ou tu travailles solo ?

« En plus de la modéliste, j’ai deux stylistes qui m’aident : une spécialisée denim, l’autre qui m’aide à faire les plans de collection. C’est top, elle m’aide à donner une direction à ce que je fais, à créer une véritable cohérence. J’ai également une community manager freelance qui m’aide à gérer Instagram. On prépare ensemble les plannings édito au mois, pour ne pas être dans l’urgence constante.

A terme, j’aimerai aussi trouver un logisticien, car la logistique prend beaucoup de temps. Quand on y ajoute la gestion d’entreprise, ça laisse finalement peu de place pour avancer sur la partie création. La vie d’entrepreneure, ça sonne parfois un peu comme « un jour, une emmerde » : des ruptures de stock sur tels boutons, un défaut matière, des retards de production, il faut beaucoup de sang froid !

Je pense que s’entourer aide beaucoup, et c’est super agréable de travailler avec des experts dans leur domaine. Le seul bémol que j’y vois, c’est de ne pas avoir quelqu’un constamment à mes côtés, et du coup, les projets avancent plus doucement. »

Quelles sont les choses qui te font vibrer, qui te donnent envie de continuer à faire vivre ta marque chaque jour ?

« J’adore rencontrer les fabricants, c’est passionnant de développer les produits avec eux. Ce sont de vrais partenaires, on travaille main dans la main, c’est une relation continue pour créer quelque chose d’abouti. J’adore voir ces liens de confiance se créer dans le temps.

Les retours des clientes, évidemment, sont juste merveilleux. Le fait de voir tes clientes porter les fringues que tu as conçues, en être ravies, c’est formidable ! J’adore aussi le jour où tu fais ENFIN ton shooting photo : le produit est réel, tu le vois en condition, tu le shoot sur un modèle, ça fait plaisir. Et enfin, porter ses propres créations, les tester, c’est intéressant et super valorisant. La fierté d’avoir fait quelque chose de concret, même si c’est difficile, c’est un accomplissement. »

Crédits photos : Noémi Micheau

Qu’est-ce qui t’a donné envie de promouvoir une mode éthique ?

« Promouvoir une mode durable, c’est venu assez naturellement. J’ai toujours fait attention aux matières, car ma mère m’a appris très tôt à décrypter les étiquettes. Puis il y a eu le drame du Rana Plazza en 2013. Ça a été un vrai choc : pour moi, le travail des enfants, les ateliers délabrés, les conditions de travail aberrantes… C’était une légende urbaine. Ça m’a réellement choquée de voir le bâtiment s’écrouler, de voir qu’il s’agissait de marques que j’achetais. J’ai eu honte de mon ignorance, d’être passée à côté de la réalité.

Je n’ai pas changé du jour au lendemain, mais ça a été un déclic. J’ai commencé à creuser le sujet, ça a été long, il m’a fallu 4 ans, à lire des livres, des blogs, écouter des podcasts. J’avoue que c’est difficile d’être incollable sur le sujet, car la mode éthique évolue vite : une vérité hier n’est plus une vérité aujourd’hui. Mais en faisant un peu de veille, en se renseignant, on peut déjà faire des choix plus éclairés ! »

Que penses-tu du milieu de la mode aujourd’hui ?

« Je vois plein de choses bouger positivement : il y a une vraie prise de conscience, même si les gens ne changent pas tout du jour au lendemain. Ils savent qu’il y a un problème, ils font moins l’autruche, ils commencent à prendre conscience qu’il y a aussi une question de santé. Certains font de véritables efforts pour changer leurs habitudes. Mais on ne va pas se mentir, l’argent est un frein. Même en étant plein de bonne volonté, tu n’as pas toujours la possibilité de mettre 120 € dans un t-shirt.

On voit aussi des efforts du côté des marques, avec plein de petites marques écolo qui commencent à sortir ! C’est difficile de réussir quand on est tout petit, avec de longs temps de développement, mais c’est tout de même un progrès. D’ailleurs, on peut aussi voir ce progrès chez des marques plus développées : elles sont nombreuses à faire plus attention aux matières, à répondre aux standards de certains labels, à limiter le nombre et le volume des collections. »

Entre la consommation des ressources, la pollution liée à la production et au transport, les scandales éthiques, penses-tu que la mode puisse réellement devenir « responsable » ?

« Oui, je pense que la pédagogie est la clé. Il faut expliquer pourquoi il y a moins de produits, moins de renouvellements, pourquoi c’est plus cher chez les marques engagées. Je pense qu’il faut surtout faire de la sensibilisation sur les matières, sur les textiles qui sont éco-responsables, et ceux qui polluent ! Par exemple, on salue le Made in France, alors que les produits sont parfois en matières ultra-polluantes et dangereuses pour la santé.

On tire des conclusions hâtives sur la manière d’évoluer l’empreinte écologique d’un produit. C’est dommage car ce manque de pédagogie, d’informations, encourage le Green Washing ! On fait passer pour écologique des produits qui ne le sont pas, ça dévalue complètement le travail des marques réellement engagées.

Enfin, je pense qu’il faut rêver un peu ! Le culpabilisant ne marche pas, il faut inspirer les gens, leur donner envie. La mode éthique doit faire rêver, pas culpabiliser. On entend partout les mêmes discours moralisateurs, ça manque de fun, ce n’est pas assez attractif pour motiver un changement dans les habitudes des consommateurs. »

Crédits photos : Noémi Micheau

Des projets pour les prochains mois ?

« Oui ! Je vais sortir un livre sur le Dressing Idéal, pas de blogging ou de e-book : un vrai livre, version papier. Ce sera un guide vers son dressing idéal, avec pour direction la mode éthique et le concept de garde-robe capsule. J’y donnerai des conseils très pratiques, tout en expliquant de manière ludique certains concepts de la mode éthique.

C’est un livre de mode avant d’être un livre engagé : on va parler de looks, de pièces indispensables, d’astuces pour assembler les pièces facilement. On s’adresse à celles qui veulent réussir à bien s’habiller, à mieux s’habiller et qui ne savent pas comment le faire. »

Comment aimerais-tu que Les Sublimes évolue, idéalement ?

« J’adorerais avoir un showroom ! Ce serait top de pouvoir échanger avec mes clientes, qu’elles puissent essayer, me faire leurs retours en direct. Un showroom me permettrait aussi d’avoir un lieu dédié à ma marque, avec un bureau sur place, la possibilité de stocker, d’avoir un meilleur confort pour travailler.

J’aimerais aussi avoir une petite équipe de salariés, avoir une vraie team à mes côtés, de manière constante. C’est encore trop tôt pour que ce soit de réels projets, mais ces évolutions me plairaient beaucoup ! »

Crédits photos : Noémi Micheau

Qu’aimerais tu dire à une entrepreneure qui, comme toi, souhaite se lancer dans la mode éthique ?

« Avant tout, il faut être patiente. Prendre le temps de réfléchir et développer son projet, accepter de ne pas voir le retour sur investissement de manière immédiate. Je dirais aussi qu’il faut avoir les épaules pour. Lancer sa marque de mode éthique ce n’est pas toujours facile : il faut gérer les risques, prendre des décisions avec son instinct, accepter que l’on ne plaise pas à tout le monde et que ça n’a rien de personnel. Aussi, on ne lance pas une marque à partir de rien, il faut avoir les moyens de s’entourer, car l’aide de professionnels est cruciale : on ne peut pas tout faire soi-même, et être bon partout !

Alors, oui il faut aller vite pour gagner des sous, mais il ne faut pas se perdre, rester en accord avec ses convictions, ne pas faire de compromis sur la qualité. Au moins, si ça ne marche pas, on a suivi son intuition, on a fait de son mieux. »

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