Interview Paulin Signature Végétale “En lançant une marque engagée, on fait face à des défis supplémentaires”

26 janvier 2021

Anne-Sophie Paulin a réalisé son rêve : elle a lancé sa marque de vêtements pour bébé naturelle et éco-responsable, grâce à la teinture végétale. Malgré un lancement perturbé par la crise sanitaire et des difficultés de production, elle sort aujourd’hui victorieuse de sa première pré-vente ! Anne-Sophie nous parle de son parcours, de ses valeurs, et des difficultés que l’on rencontre lorsqu’on lance une marque engagée. 

Anne-Sophie, peux-tu te présenter et nous parler de ta marque Paulin Signature Végétale ?

« Je suis Anne-Sophie Paulin, fondatrice de la marque Paulin Signature Végétale. C’est une marque de vêtements et accessoires bébé, 100 % naturelle, en coton biologique et colorée à la teinture végétale. Aucun produit chimique n’est utilisé dans la conception des vêtements, pour respecter la peau fragile des petits bouts de 0 à 36 mois. Le but est à la fois de préserver la planète, mais aussi la santé des tout petits ! »

Quelles étaient les valeurs que tu souhaitais porter à travers ce projet ?

« L’écologie en premier lieu, car je cherche à avoir les produits à la plus faible empreinte environnementale possible. Nos vêtements sont naturels et durables : on va à contre-courant de la mode jetable avec des tissus résistants, on crée des coupes amples qui permettent aux bébés de porter les vêtements plus longtemps, et on limite la saisonnalité des coloris et des motifs.

Au-delà de l’écologie, Paulin Signature Végétale s’engage aussi pour la santé des tout petits. Chez certaines marques conventionnelles, on utilise encore des substances à risque pour colorer ou imprimer des lignes bébé… C’est hallucinant ! Dans nos collections, aucun produit chimique et aucune substance à risque n’est utilisée.

Je pense aussi que la transparence est une valeur forte de mon projet. Je souhaite être transparente sur mes engagements écologiques, mes partis pris, la conception des produits. Je suis également très heureuse que Paulin Signature Végétale puisse mettre en lumière le savoir-faire ancestral et artisanal de la teinture végétale. En achetant des produits chez nous, les clients aident à préserver ce savoir-faire ! »

Qu’est-ce qui t’a motivée à créer une marque engagée ?

« A la base, j’étais commerciale de formation. Je me suis épanouie pendant des années comme déléguée pharmaceutique. Puis en 2018, après un licenciement économique, j’ai vu l’opportunité de enfin créer ma marque. Lancer ma marque de vêtements a toujours été un rêve, et dès le départ, c’était inconcevable pour moi de créer une marque qui ne soit pas respectueuse de l’environnement.

Ma génération, et celles qui suivent, ont désormais conscience des dégâts que l’Homme a fait sur Terre. On sait qu’il est impératif de prendre des mesures pour préserver l’environnement, c’est notre avenir, et l’avenir de nos enfants.

En ce sens, j’ai commencé à cogiter sur les bonnes techniques pour créer des vêtements à faible empreinte environnementale. Le coton biologique était une évidence, mais je trouve aberrant que l’on puisse utiliser du coton bio, et le colorer avec des colorants de synthèse polluants et à risque pour la santé. Je voulais aller jusqu’au bout de la démarche, et la teinture végétale s’est révélée être la parfaite solution pour un produit 100 % naturel. »

Quelles ont été les difficultés que tu as rencontrées dans la création de ta marque ? Comment y as-tu fait face ?

« Ma première difficulté a été de bien m’entourer. Choisir ses prestataires pour être accompagnée est très compliqué : on n’est pas expert, on ne sait pas sur quel critère choisir… Pendant les premiers mois du projet, je me suis entourée de prestataires que j’avais choisis pour leur expérience, mais finalement, le feeling n’y était pas. J’ai rectifié le tir et j’ai fini par trouver des prestataires qui correspondaient parfaitement à l’univers de la marque, dont Audrey. Ensemble, nous avons bien avancé sur le design de la collection.

Puis le deuxième obstacle s’est présenté : les tissus ! Les délais entre la commande et la réception ont été super longs. Et puisque ça ne suffisait pas, une fois les tissus prêts, le colis pour l’usine de confection s’est perdu. On n’a pas pu lancer la production comme prévu, nous avons dû attendre pendant des semaines avant que le colis soit finalement retrouvé ! Ce genre de problèmes logistiques a considérablement retardé le timing initial du projet.

L’autre grande difficulté a été de prendre en compte la « marge d’erreur » de la teinture végétale. Les colorants de synthèse utilisés dans la Fast Fashion permettent d’avoir un rendu exact et un bon rendement. Alors qu’avec la teinture végétale, on n’obtient pas une couleur parfaitement identique d’une pièce à l’autre, il peut aussi y avoir des irrégularités. D’un côté, ça donne un charme unique aux pièces, de l’autre, il fallait trouver une manière de proposer un catalogue de couleur clairement établi. En plus d’avoir une production assez lente, on se retrouve aussi avec beaucoup de pertes de tissus liées aux irrégularités… Mais bon,

  

il faut être conscient qu’en lançant une marque engagée, on va faire face à des défis supplémentaires,

notamment à des processus de production plus longs que la moyenne, plus coûteux aussi. Pour gérer les tissus perdus car la teinture végétale n’a pas pris correctement, nous gardons les chutes de côté et nous allons tenter de les utiliser pour créer de petits accessoires. L’objectif est de limiter au maximum le gaspillage tout au long de la chaîne de production.»

Compliqué de lancer sa marque en 2020… Où en es-tu dans ton projet ?

« Malgré la Covid-19, j’ai lancé ma campagne Ulule de préventes en novembre, et ça vient tout juste de se terminer. C’était un sacré challenge car, le lancement ayant été décalé par la Covid, on s’est retrouvé à pré-vendre une collection printemps-été en plein hiver. Et puis, en Novembre, on est tombé dans la période de Noël et rien n’était livrable pour les fêtes, donc les gens privilégiaient leurs achats de Noël pouvant être livrés à temps…

Mais finalement, l’objectif de pré-vente a été atteint, notamment grâce à l’aide d’influenceuses qui ont bien accroché avec Paulin Signature Végétale. Certaines d’entre elles ont même passé commande, ça m’a fait super plaisir de voir que les vêtements sur lesquels je travaille depuis des mois plaisent !

Maintenant que les pré-ventes sont terminées, je cherche une solution pour celles qui ont loupé le coche. Le site marchand devrait être opérationnel à la fin du mois, mais je voudrais que les pré-commandes restent possibles, probablement en passant par une plateforme. En parallèle, je travaille sur les emballages des colis, afin d’avoir une solution éco-friendly. Je vais sûrement opter pour des sachets en amidon de maïs, 100 % biodégradables.»

Quelles sont, selon toi, les difficultés que l’on rencontre quand on crée une marque éco-responsable ?

« Dans mon cas, c’est surtout les difficultés de production dont on parlait plus tôt. Mais ce que je trouve vraiment compliqué, c’est quand tu vois d’autres marques qui font des trucs supers que tu aimerais faire, mais qu’il n’y a pas de solutions pour proposer la même chose version écoresponsable. Il faut parfois savoir renoncer pour aller jusqu’au bout de ses valeurs. Par exemple, pour la prochaine collection, j’ai dû renoncer à un des coloris prévus, car la production de la plante qui permettrait de faire la teinte n’a pas été suffisante cette année.

Un autre point difficile lorsqu’on crée une marque engagée est la question de la production locale. A la base, je voulais faire mes collections en France, mais on n’a pas trouvé de solutions pour produire dans l’hexagone et rester rentable. Vu que les matières premières et la teinture végétale représentent déjà un coût très important, on ne pouvait pas produire en France et rester abordable.

Paulin Signature Végétal serait devenu une marque réservée aux personnes aisées, alors que je voulais des vêtements accessibles pour tous les parents, et surtout, le projet n’était plus viable. Donc j’ai dû faire des concessions, au moins pour le démarrage. Nous produisons à l’île Maurice, chez des partenaires de confiance, avec l’assurance que les employés de l’usine sont justement rémunérés et travaillent dans de bonnes conditions.

Ce n’est pas l’idéal, mais je pense sincèrement que c’était le meilleur compromis. Bien sûr, j’espère à l’avenir pouvoir trouver une manière de produire localement… à suivre ! »

Que conseillerais-tu aux futurs entrepreneurs qui souhaitent créer une marque éco-responsable ?

« Mon premier conseil : bien s’entourer. Au début, on pense pouvoir tout faire tout seul, mais non. Il faut savoir demander de l’aide, déléguer certaines parties pour se concentrer sur son cœur de métier. Non seulement cela fait gagner du temps, mais c’est aussi la garantie de la qualité du travail. On ne peut pas être expert partout, en design de mode, en communication, en photographie… Je pense qu’être bien accompagné est essentiel.

Evidemment, cela demande un budget, mais c’est une réalité : il faut prévoir un budget quand on crée une marque, il faut investir pour lancer le projet. Ce n’est pas avec un euro en poche qu’on va aller loin. Enfin, je pense qu’il faut aussi accepter de prendre le temps. Et ça, c’est pas facile !

On a tendance à vouloir aller trop vite, mais c’est une erreur. On finit par faire les choses à l’envers : on se lance sans réfléchir, avec le mauvais statut, une stratégie bancale…. Et au final, ce temps qu’on n’a pas pris au départ finit par nous coûter cher ! Se laisser le temps est super important. Il faut être au point sur toutes les étapes, avancer à son rythme, prendre le temps de réfléchir. »

Qu’est-ce qu’on te souhaite pour 2021 ?

« De la réussite, c’est pas mal non ? Que toutes les mamans qui achètent chez Paulin Signature Végétale soient satisfaites, et que les bébés soient bien dedans ! Je suis aussi en train de travailler sur la collection automne-hiver 21/22 alors… Une collection réussie ! »

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